Des étudiants français tournent le dos au Québec en raison de la hausse des droits de scolarité

Des étudiants français tournent le dos au Québec en raison de la hausse des droits de scolarité

La nouvelle entente qui touche pour la première fois, cet automne, ceux qui commencent un programme universitaire de premier cycle, fait déjà sentir ses effets. Obligés de payer trois fois plus cher leurs études au Québec, de jeunes Français abandonnent leur projet d’immigration. D’autres, déjà installés ici, se résignent à retourner en France.

« J’étais vraiment super triste… » Félicie Collet, 17 ans, a mis un mois à s’en remettre. Elle ne réalisera pas son rêve d’étudier au Québec. En février, elle était déjà admise à l’Université de Montréal pour la rentrée d’automne quand elle a appris que les étudiants français ne pourront plus bénéficier des mêmes droits de scolarité que les Québécois. « J’avais déjà commandé mon passeport, je m’apprêtais à faire mon visa », raconte-t-elle.

« Je ne pouvais pas m’endetter autant et ma famille n’a pas des revenus rocambolesques. » La résidente de la région d’Orléans, dans le centre de la France, estime qu’elle aurait dû payer 8000 $ par année pendant trois ans, sans compter les coûts de son installation.

De Rimouski à Montréal, certains établissements constatent une diminution des inscriptions de Français. « On commence à voir l’impact négatif de la hausse des frais », note Robert Maltais, le responsable du certificat en journalisme de l’Université de Montréal. En juin, la moitié des étudiants qui devaient participer au test d’admission à la Maison du Québec à Paris ne se sont pas présentés.

À l’École de technologie supérieure [ETS] de Montréal, le directeur général Pierre Dumouchel constate une baisse de 50 %, alors que la croissance était continue depuis plusieurs années.

L’ETS est d’autant plus déçue qu’il y a une pénurie d’ingénieurs dans plusieurs secteurs industriels au Québec. L’an dernier, l’établissement a placé plus de 3000 stagiaires dans l’industrie. « On aurait pu en placer 1500 de plus », estime Pierre Dumouchel.

« C’est une main d’oeuvre qui est importante. On a formé des ingénieurs [Français] qui sont très appréciés par l’industrie québécoise. […] Il va falloir trouver des solutions pour en recruter plus. » — Pierre Dumouche, directeur général de l’École de technologie supérieure

Le recrutement de futurs ingénieurs est « saturé » au Québec, selon le directeur général de l’ETS. Il va déjà chercher tout ce qu’il peut dans les cégeps. « En France, il y a un bassin de 23 000 étudiants dans les Instituts universitaires de technologie », explique-t-il. L’ETS a par ailleurs constaté que la vaste majorité de ses ingénieurs français diplômés ici restent travailler au Québec.

« Je ne suis pas sûr que le gouvernement du Québec a pris la mesure de l’importance et de l’enjeu de cette situation », avance le montréalais Michael Pilater, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger. Il rappelle que plus de 12 000 Français étudient au Québec [une augmentation de 90 % depuis 2006].

« On ne parle pas de coûter à la province, on parle de faire gagner de l’argent à la province. Ils viennent au Québec, ils consomment, ils sortent, leur famille vient leur rendre visite, ils prennent des billets d’avion… » — Michael Pilater, Conseiller consulaire auprès du Conseil consulaire du consulat général de France à Montréal

L’exception sur les frais de scolarité accordée au Français coûtait 120 millions de dollars par année au Québec, mais une étude de la Conférence régionale des élus de Montréal estime leurs retombées économiques à 380 millions. « Alors qu’on négocie un accord de libre-échange Canada-UE, je ne suis pas sûr que c’était une bonne décision », pense le représentant de la diaspora française.

Le gouvernement de Philippe Couillard maintient sa décision budgétaire, qui a d’ailleurs été acceptée par la France. « C’est encore très avantageux par rapport aux autres étudiants étrangers », rappelle Julie White, l’attachée de presse du ministre de l’Éducation. Les Français nouvellement inscrits au premier cycle paient les mêmes droits de scolarité que les étudiants venus des autres provinces canadiennes.

Le réseau des Universités du Québec a lancé la semaine dernière une étude pour mesurer les conséquences de la forte hausse des droits de scolarités pour les étudiants français. Les résultats devraient être connus d’ici la mi-septembre.

Pas de changement notable dans plusieurs établissements

Le nombre d’étudiants français demeure stable à l’Université Concordia et à McGill, malgré la nouvelle mesure. Même réalité à Polytechnique, qui demeure bien plus accessible que son homologue française, très élitiste. Sur les 5000 candidats qui se présentent chaque année au concours, seuls 400 sont admis. Par ailleurs, HEC Montréal constate même une légère hausse des demandes d’inscriptions en provenance de la France. Il faut dire que même à 8000 $ par année, l’école est plus abordable qu’à Paris, où il en coûte jusqu’à 60 000 $.

Des étudiants déjà installés au Québec sont touchés par la hausse

La nouvelle entente Québec-France ne touche pas les étudiants de deuxième et de troisième cycles, ni ceux qui ont commencé leur programme de premier cycle. En revanche, les étudiants français en baccalauréat par cumul peuvent en subir les conséquences. C’est le cas de Marion Charvet, qui étudie depuis janvier 2015 au certificat en administration à l’UQAM. 

Son prochain certificat lui sera facturé au nouveau tarif. « Après presque un an dans ce programme, je vais devoir payer trois fois plus cher pour pouvoir obtenir le même diplôme », se désole-t-elle. Elle envisage de quitter le Québec et de recommencer un cursus complet en France. « Une perte de temps ou une perte d’argent? » Tel est son dilemme.

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