Israël suspend la détention d’un prisonnier palestinien en grève de la faim

Israël suspend la détention d’un prisonnier palestinien en grève de la faim

Mohammed Allan, incarcéré depuis novembre 2014, vient de rompre sa grève de la faim après soixante-cinq jours, la Cour suprême d’Israël ayant ordonné la suspension de sa détention pour des raisons médicales.

Selon l’arrêt de la cour, il restera hospitalisé au centre médical d’Ashkelon où il subissait déjà des traitements, mais ne sera plus attaché à son lit. Il pourra recevoir la visite de sa famille.

Mohammed Allan refusait de manger depuis la mi-juin. Sa grève de la faim a galvanisé les Palestiniens pour qui il est devenu un symbole de la résistance et déchire l’opinion publique israélienne en testant l’application d’une nouvelle loi controversée.

Alors que son état de santé ne cessait de se détériorer – il avait été plongé dans un coma au cours de la fin de semaine – la Cour suprême s’est penchée sur les éléments présentés par les avocats, dont son dossier médical, jusqu’à tard dans la soirée de mercredi.

Au même moment, les responsables du centre médical de Barzilai dressaient un sombre bilan des plus récents tests menés sur le prisonnier qui ont confirmé des atteintes cérébrales.

« Mohammed a commencé graduellement à perdre le contact avec son environnement, ses propos n’étaient plus cohérents, ce qui peut indiquer un problème au cerveau. Ces dommages sont peut-être réversibles et sont traités par les médecins. » — Chezy Levy, le directeur de l’hôpital, s’adressant aux médias

« Les dommages en eux-mêmes ne mettent pas sa vie en danger, mais ils s’inscrivent dans un contexte général qui, lui, met sa vie en danger », a-t-il ajouté.

C’est sur une base médicale que la Cour suprême a finalement tranché.

« À ce stade-ci, à la lumière de l’état de santé du gréviste de la faim, la détention administrative n’est plus effective », peut-on lire dans le jugement.

Un dénouement attendu

Mohammed Allan, un avocat palestinien d’une trentaine d’années, défiait le gouvernement israélien et était devenu un prisonnier embarrassant.

Soupçonné par les autorités israéliennes d’être impliqué dans des activités terroristes et d’être membre du Djihad islamique, un groupe terroriste selon Israël, il était détenu depuis novembre 2014 sans aucune forme de procès.

Sa détention administrative est une mesure qui permet à un tribunal militaire d’ordonner l’incarcération d’un individu pour des motifs sécuritaires à la suite d’une audience où seuls un juge et les procureurs sont présents. Ni le prisonnier ni son avocat n’ont accès aux informations qui justifient l’ordre de détention. La détention peut être ordonnée pour une période de six mois et être constamment renouvelée selon les mêmes règles.

M. Allan est loin d’être seul à s’être retrouvé derrière les barreaux en Israël sans avoir pu se défendre. Selon l’agence palestinienne Maan, 340 Palestiniens et quelques juifs israéliens extrémistes sont actuellement sous le coup d’une ordonnance de détention administrative.

Mohammed Allen avait pétitionné la cour demandant à être remis en liberté, faute de quoi, il voulait qu’on le laisser mourir.

Pour le gouvernement israélien, le sort du détenu était devenu un dilemme épineux.

S’il acceptait de le libérer, il pouvait donner l’impression de céder au chantage des prisonniers.

Le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, avait déclaré, dans un communiqué, qu’une libération de M. Allan « récompenserait sa grève de la faim et risquerait d’encourager des grèves de la faim massives parmi les détenus de sécurité, qui auraient ainsi trouvé un nouveau moyen de faire chanter l’État d’Israël ».

Mais le gouvernement de Benyamin Netanyahou était aussi bien conscient que sa mort en détention serait susceptible de provoquer une nouvelle flambée de violence, alors que la situation est déjà tendue.

Le Djihad islamique a prévenu qu’il ne serait plus tenu de respecter la trêve actuelle si Mohammed Allan mourait.

Une loi controversée

Le gouvernement aurait éventuellement pu prendre une décision susceptible elle aussi de provoquer la colère palestinienne: nourrir de force M. Allan et appliquer ainsi pour la première fois une loi adoptée fin juillet.

La loi sur le gavage a été dénoncée par différentes organisations non-gouvernementales palestiniennes, israéliennes et internationales. Les Nations unies se sont dites préoccupées par la loi.

L’Association médicale israélienne, dont les membres seraient ultimement responsables d’appliquer la loi en gavant les détenus, s’est clairement prononcée contre et suggère à ses membres de refuser de participer.

Dans un rapport sur la question publié l’an dernier on peut lire: « …le gavage est équivalent à la torture et tout médecin a le droit de refuser de gaver un gréviste de la faim contre son gré. De plus, le gavage n’est pas sans risque et pourrait causer du tort au gréviste… ».

Partie remise

La décision de la Cour suprême aujourd’hui vient repousser l’éventuel test de la loi sur le gavage. Mais elle ne se prononce pas sur le fond de la question des détentions administratives prolongées, ce que contestent Mohammed Allan et ses avocats.

S’il se rétablit, il aura peut-être la chance d’être entendu. La cour s’est gardée de mettre fin complètement à l’ordre de détention dont il fait l’objet, il est plutôt suspendu.

Une nuance dont la portée n’était pas immédiatement claire, mais qui peut signifier que si son état de santé s’améliore, Mohammed Allan pourrait devoir retourner en prison jusqu’à l’échéance de sa détention administrative en novembre prochain et donc, pétitionner le tribunal de nouveau pour être remis en liberté.

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